Agir pour le droit à la réussite de nos jeunes

Les Herbiers, comme le département de la Vendée, souffrent d’un taux de décrochage scolaire élevé. Par « décrocheur scolaire », le Ministère de l’Education Nationale entend « un jeune qui quitte le système de formation initiale sans avoir obtenu de diplôme de niveau V (BEP ou CAP) ou de niveau supérieur (baccalauréat). »

Ajoutons à cela le fait qu’en Vendée, moins d’un bachelier sur deux (42% exactement) poursuit ses études après le Bac. Il s’agit d’un des taux les plus faibles de France.

Certes, les communes n’ont pas la responsabilité de l’Education. Toutefois, l’avenir des jeunes ne doit pas leur être indifférent.

DES CAUSES MULTIFACTORIELLES

Si les causes du décrochage sont multifactorielles, l’Insee insiste sur certaines spécificités : beaucoup de ces jeunes ont souvent accumulé beaucoup de retard et ils appartiennent souvent à des familles défavorisées qui n’ont pas les moyens de payer les études de leurs enfants. Leur arrêt des études est souvent motivé par le fait qu’ils « en avaient assez de l’école » ou qu’ils avaient trouvé un emploi. L’aspect structurel de notre territoire n’est pas à négliger dans cette réalité. L’importance de l’apprentissage et l’offre importante d’emplois industriels non-qualifiés doivent être soulignées : de nombreux jeunes désireux de vite accéder au salariat optent pour ces voies, en passant notamment par l’intérim. Sans réellement le savoir, ils entrent par la même occasion dans la précarité et la stagnation de carrière. De même, l’offre faible de formations supérieures diversifiées sur notre territoire (notamment celles qui forment aux métiers de demain), est un frein à la poursuite d’études. Tout comme l’est l’absence de liaison ferroviaire vers les ville universitaires de la région.

POUR UNE NOUVELLE ECOLE PUBLIQUE ET CONTRE LES SUPPRESSIONS DE CLASSES

Il est temps que la municipalité et l’intercommunalité agissent, à leur niveau et selon leurs compétences, pour lutter contre le décrochage scolaire et pour amener les jeunes vers des emplois plus qualifiés, susceptibles de redynamiser le tissu économique local.

Les obligations municipales sur le plan éducatif se limitent à la construction et l’aménagement des écoles primaires publiques, ainsi qu’à leur dotation en équipements adaptés aux besoins pédagogiques. Sur cet aspect, nous ne pouvons plus accepter l’idée de classes surchargées chez les très jeunes. Au-delà de 20 élèves par classe, l’enseignant.e ne sera pas en mesure de consacrer suffisamment de temps aux enfants éprouvant des difficultés dans leurs apprentissages. Dans cette logique, il semble impératif de réactiver le projet d’une nouvelle école publique à la Tibourgère, et d’agir contre la fermeture de classes et la suppression de postes dans les écoles existantes.

METTRE EN PLACE UN CONSEIL LOCAL EDUCATIF

Un Conseil Local Educatif communautaire qui rassemblerait élus (de la majorité et de l’opposition), professionnels de l’éducation (enseignants, assistants d’éducation, personnels de direction…) mais aussi parents d’élèves et élèves délégués pourrait être le lieu de réflexions sur toutes les questions contemporaines d’éducation. Ce dispositif a été mis en place depuis 2001 à Gennevilliers (Hauts-de-Seine) et plusieurs actions ont ainsi pu être entreprises par la municipalité. Ne pourrions-nous pas nous inspirer de certaines d’entre-elles, dont la réussite a, depuis trois mandats, largement été démontrée ?

POUR LES ELEVES DU PRIMAIRE

Ce « CLE » francilien s’était d’abord penché sur la question des mathématiques, une matière pas toujours appréciée. Afin que les jeunes redonnent du sens à cet enseignement et s’y raccrochent plus facilement, la municipalité avait lancé le forum « Math’Gic ». Depuis 2004, des ateliers qui retracent de façon ludique l’histoire des mathématiques et des sciences en général sont proposés aux élèves (du CM1 à la terminale) pendant une semaine. Les élèves prennent alors conscience de ce que les mathématiques ont apporté à la médecine, à la connaissance astronomique, à l’architecture, à l’art, etc. Cela a permis à des élèves en difficulté de remettre le pied à l’étrier ! A Gennevilliers, ville universitaire, ces ateliers sont animés par des étudiants en mathématiques. Aux Herbiers, pourquoi ne pas proposer un partenariat au lycée Jean Monnet pour mobiliser les élèves de première et de terminale dans un projet similaire qui serait adressé aux élèves des écoles primaires et des collèges ? En plus de les responsabiliser, ce projet permettrait à ces lycéens d’enrichir leur CV sur Parcoursup !

Si les mathématiques sont souvent perçues comme les « mal-aimées », le français est sans nul doute la matière dans laquelle l’actuelle génération éprouve le plus de difficultés. La faible maîtrise des règles d’orthographe, de syntaxe, de conjugaison est devenue chose courante (voire banale) chez les collégiens et les lycéens. Si les différentes réformes gouvernementales sont probablement à mettre en cause, les changements socioculturels de ces dernières décennies ne doivent pas être négligés : le rejet de la lecture par les ados et les jeunes parents ; le « tout-numérique » et le désir d’un accès rapide à l’information ; la prégnance des jeux vidéos, etc. Face à ce constat, la municipalité pourrait travailler avec les bibliothécaires sur l’entrée dans la lecture. Ces derniers pourraient alors décrypter avec les parents comment lire une histoire pour amener les enfants à entrer progressivement dans le narratif plutôt que dans le descriptif des images, afin de les amener à développer leur imaginaire (clé essentielle du lecteur et de la lecture).

Dans de nombreuses communes, des chorales sont instaurées dans les écoles sur le temps de la pause méridienne. Celles-ci n’ont pas pur unique but d’amener les élèves à chanter. Elles sont aussi un moyen de les faire travailler sur leurs postures et sur la concentration afin qu’ils puissent mieux étudier. Aux Herbiers, pourquoi ne pas solliciter l’Ecole de Musique pour le lancement d’un tel projet ? Bien sûr, cela nécessitera en amont d’imposer une pause méridienne d’au moins une heure et demie dans toutes les écoles de la commune.

POUR LES ELEVES DU SECONDAIRE

Pour le secondaire, inspirons-nous là encore de ce qui a été entrepris et réussi ailleurs. Sur le collège, la mairie de Gennevilliers a mis en place le dispositif « Le fil continu » qui accompagne les élèves exclus temporairement de leur établissement. Un bâtiment a été mis à leur disposition, avec des professeurs, des enseignants retraités, des professionnels de la culture qui travaillent avec les jeunes sur « la faute » pour faire en sorte que leur réintégration au collège se passe du mieux possible. De même, en partenariat avec les établissements du secondaire, la municipalité a lancé le dispositif « troisième/seconde » : des stages sont organisés dans les lycées afin de familiariser les futurs lycéens aux lieux, aux enseignements et aux rythmes scolaires nouveaux qui les attendent. Enfin, une propriété de la ville a été mise à la disposition des élèves de terminale afin qu’ils révisent leur Bac. S’ils obtiennent le diplôme, la mairie leur offre 70€ afin de participer à leur inscription à l’Université (dans ces locaux, des bénévoles aident aux révisions, des ordinateurs sont mis à la disposition des jeunes, etc.).

Un autre sujet doit faire l’objet de réflexions : les devoirs après les cours, qui ne donnent pas toujours des résultats pertinents. Les profils d’élèves sont généralement simples à identifier : ceux qui sont autonomes, ceux qui le sont à moitié, ceux qui ne connaissent même pas le contenu de leur cartable, ceux dont les parents se trouvent dépourvus face aux exercices demandés, etc. Tous vont à l’école et ont des devoirs. Alors, comment faire ? Plusieurs pistes existent : faire appel à des intervenants pour aider les élèves ayant besoin d’un soutien plus particulier ; la mise en place d’une « pédagogie du détour » (en prenant par exemple le théâtre comme prétexte pour faire avancer les jeunes) ; mettre à la disposition des familles des outils pour les aider à accompagner leurs enfants, etc.

AMENER NOS JEUNES VERS LES EMPLOIS DE DEMAIN

En Vendée, si de nombreux jeunes ne poursuivent pas leurs études après le baccalauréat, notre département se caractérise aussi par un pourcentage élevé de « déqualification des formations ». Il n’est pas rare de trouver dans des entreprises à forte main-d’oeuvre des ouvriers titulaires d’un BTS sur des postes déqualifiés. Face à ce constat, nous devons travailler à l’organisation du couplage emploi-formation, notamment par la mise en place d’une plateforme régionale d’innovation afin de créer une synergie entre les établissements d’enseignement, les entreprises et les collectivités. L’objectif est de tendre vers une industrie moins traditionnelle et plus qualifiée.

OSONS LE DEBAT SUR L’ECOLE DANS LE CADRE DES MUNICIPALES !

La bataille pour l’éducation est une bataille centrale. Dessiner dans chaque commune un projet pour l’école, c’est mettre en perspective un projet pour la société. La réforme libérale de l’éducation est aussi une refonte du monde du travail et du débat démocratique. Avec l’individualisation des formations, le bac à la carte, ces réformes isolent les travailleurs de demain.

Par ailleurs, la bataille pour l’éducation ne relève pas simplement de la défense d’un service public. Pour inventer des réponses à l’urgence écologique, il est nécessaire que tous les jeunes soient armés d’une formation de haut niveau. Pour agir en faveur de la justice sociale, nous avons besoin d’une éducation qui forme des citoyennes et des citoyens capables de maîtriser les grands enjeux du débat démocratique.

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